• Le complexe du short

    by  • 15 octobre 2013 • Expatriation • 2 Comments

    Ok, le collant c'est un peu abusé !

    Ok, le collant c’est un peu abusé !

    Ca m’amuse, le rapport à la pudeur. Les bonnes manières et le savoir-vivre à travers le monde.

    Aujourd’hui, il fait un bon 28 degrés à San José, Costa Rica.

    En Suisse, j’aurais bondi dans une belle paire de shorts pour sortir prendre l’air doux, estival et le laisser m’aérer les mollets. J’aime la caresse de l’air chaud sur mes jambes, qu’est-ce que tu veux que je te dise ! Eventuellement, j’aurais pris un pantalon à canon longs (c’est joli) pour le travail. Et encore. 

    Il n’en est pas question ici en Amérique latine. Porter des shorts en ville m’attire des regards qui ressemble à ceux qu’on jetterait à un homme qui se promènerait skis aux pieds.

    Pas plus que dans bien des pays du monde (vous portez des shorts en ville, vous ? ). D’ailleurs, les pays du Sud, d’après l’échantillon peu représentatif de mes petites expériences de voyageur sont les plus couvreurs de jambes d’hommes. Les plus chauds aussi. Ce paradoxe m’intrigue. Il est amplifié par chaque canadien, norvégien ou polonais qui exhibe ses guiches en shorts et tongs quand il fait 5 degrés. Explications possibles.

    Une puissance surnaturelle nous ordonne de nous couvrir les jambes. Oui, alors bon ok. Comme on ne va pas à l’Eglise en maillot de bain, on ne sort pas en ville en shorts. C’est conséquent, je peux rien dire. Les nordistes qui osent le short au restaurant sont des impies vulgaires, soit. Mais elle faisait quoi cette puissance surnaturelle au moment de dicter les consignes pour la façon de saluer une femme, la courtoisie au volant et l’art de se remettre l’entrejambe en place discrètement ? Pourquoi au Costa Rica, le short ne se porte pas ailleurs qu’à la plage mais alors oui, on peut gaiement siffler n’importe quelle femme, hurler sur un conducteur ou se manipuler la braguette fièrement pendant un lustre ? C’était une puissance surnaturelle qui en avait après les poils ? Et elle dit rien pour les moustaches ? Je sais pas. Si quelqu’un me trouve un Epître anti-bermudas, je serais intéressé.

    Il faut nous protéger contre les sangsues. D’abord, un pantalon ne protège pas contre les sangsues, j’en sais quelque chose. Ensuite, y a quand même pas tellement de sangsues dans les villes latino-américaines. Ca me paraît pas une bonne explication.

    C’est un héritage culturel. Ca c’est sûrement vrai. Et je l’ai bien vu, les quelques fois où il faisait décemment trop chaud pour porter des pantalons. Même avec mon petit bermuda propret, j’attirais les foudres de tous les passants. S’il n’y a rien de religieux et si c’est pas pour les sangsues, c’est nécessairement à cause de la construction culturelle, de la tradition. Un commandement qui dirait « dans les pays du Sud du Monde, on n’a jamais montré les tibias des hommes, c’est pas maintenant qu’on va commencer ». Moi j’en dis que c’est dommage, parce qu’on est mieux en habits courts quand il fait chaud, je trouve. Mais on ne peut s’expatrier sans s’adapter humblement aux coutumes, n’est-ce pas. J’ai donc les mollets qui suent depuis un an que je vis en Amérique. Mais je m’y fais.

    Outre la longueur des pantalons, il est bien d’autres usages qui diffèrent entre la Suisse et le Costa Rica.

    Tu t’en fous de savoir comment je vais. En Suisse, la question « comment ça va ? » est devenue parfaitement inutile. Le Suisse, porté sur l’efficience et passionné par la chasse au gaspillage, n’aime pas ce qui ne sert à rien. Il n’y a pas mille solutions pour le Suisse confronté à une question inutile : il ne répond pas.

    – Salut, ça va ?

    – Salut.

    Ici, la courtoisie des conversations privées est largement plus agréable. On prend soin de son interlocuteur et quand il répond comment il va, on ajoute quelques propos agréables avant de passer aux sujet principal du dialogue. J’aime ce respect et cette chaleur humaine.

    Pas de conflits inutiles. La courtoisie est parfois poussée à l’extrême au Costa Rica. Le goût pour le bien-être de son prochain mène souvent les Ticos (les habitants du Costa Rica, ndlr) à éviter tout propos désagréable. Jusqu’à l’absurde. A toujours prétendre que tout va bien.

    – La route s’est effondrée cette nuit, il faudra traverser la ville, comptez environ 3 heures 30 de route pour faire les 15 kilomètres de votre domicile à votre lieu de travail. Peut-être un peu plus pour rentrer ce soir.

    – Pura Vida.

    Pura Vida, c’est l’expression nationale costaricaine. Ca veut dire que tout va bien. Que tout est ok. Qu’on est content. Une situation est Pura Vida. On peut se sentir soi-même assez Pura Vida. Une voiture, sortant du garage, est souvent Pura Vida (ça ne dure pas toujours, ceci dit).

    Le eye-contact n’a aucun intérêt. C’était choquant pour moi au début. Tous ces gens qui me serrent la main en regardant ailleurs. Moi j’avais bien appris que c’était OBLIGATOIRE de regarder la personne qu’on salue dans les yeux. Alors je croyais qu’on s’en prenait à moi. Dans un atelier il y a quelques semaines, j’ai demandé à un groupe d’hommes avec lequel je travaillais s’ils trouvaient ça offensant, de ne pas se regarder dans les yeux en se saluant. Ils ont réfléchi et m’ont assuré que non. Que c’était parfaitement normal.

    Qu’est-ce que tu veux faire. Si on te dit que ce n’est pas une offense. Et que tu continues à t’offenser, c’est toi l’âne, non ? Alors je salue maintenant les gens en regardant mon téléphone, ma poche, mes clés, l’horizon, une voiture qui passe, les travailleurs d’en face, au choix.

    J’en ai encore plein, des différences de coutumes, de savoir-vivre, de définition de bonnes manières. Ce sera peut-être pour des prochains épisodes du « complexe du short ».

    Dites-moi, vous ! Avez-vous des expériences de différences de bonnes manières ? Des usages de chez vous qui ne sont pas connus ailleurs ?

     

    Complément du 16 octobre :

    Hier j’ai voulu faire un saut au bureau, je portais un élégant bermuda.

    Mon vendeur de fruit m’a arrêté : tu vas quand même pas aller au bureau comme ça ? J’ai dit que si. Il a dit que non.

    J’ai dit : tu te moques, tout le pays va bosser avec le maillot de la sélection aujourd’hui sous prétexte qu’il y a match ce soir et moi je peux pas montrer mes genoux ?

    Il a dit que c’était pas pareil. Qu’il y avait pas match de l’équipe des mollets nus ce soir et que je devais rentrer mettre un pantalon. C’est ce que j’ai fait.

     

     

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    Expatrié Suisse au Costa Rica. Père de deux petites filles. Travaille avec les hommes sur la masculinité.

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    2 Responses to Le complexe du short

    1. Laura
      19 octobre 2013 at 0 h 42 min

      Hola,
      Me permito escribirte en español porque entiendo que estás en Costa Rica y por tanto supongo que hablas mi idioma.
      Leo tus escritos y claro que es difícil que una persona, con costumbres de un país donde todo o « casi todo » funciona a la perfección, pueda asimilar fácilmente la forma de ser y de vivir de los latinoamericanos, en algunos casos puede resultar « graciosa » alguna diferencia pero en otros si que es chocante. Eso que la gente te estreche la mano y no te mire a los ojos… o que igual haga un brindis contigo y tampoco te mire a los ojos…da una sensación rara y cuesta acostumbrarse.
      Otra cosa que habrás podido observar es que la gente te dice fácilmente : « te llamo más tarde » y finalmente nunca te llama; o « nos vemos más tarde » y nunca llega. Son acciones que jamás las verás en un suizo, ya que si te dice que te llamará pues lo hará seguramente y si se compromete a ir a algún lado igualmente irá y si no puede por alguna circunstancia te lo va a comunicar; en cambio en américa latina simplemente nunca va a llegar a la cita y ni siquiera te va a avisar el porqué ( bueno no todos son así , pero si una gran mayoría de gente).
      Lo del complejo del short, es tan cierto, que me haces reir cuando lo cuentas, pero es así , somos muy « formales » para algunas cosas « externas » y no lo somos para lo verdaderamente importante como ser puntuales por ejemplo y estamos muy distantes de serlo. En fin…
      Sin embargo es muy enriquecedor vivir en una sociedad diferente a la que uno ha crecido, porque te permite apreciar y valorar muchas cosas que tal vez pasaron desapercibidas en tu vida, en tu país y ahora las valoras. O a la inversa , descubres en ese nuevo país detalles, actitudes, cosas que nunca pensaste que podían existir o suceder y te das cuenta que te gustan, que te llenan la vida de más alegría o que simplemente te motivan a hacer otras cosas que jamás imaginaste.
      Es maravilloso poder tener la experiencia y oportunidad que tienes de contrastar dos realidades muchas veces opuestas, tal vez ni siquiera mejor o peor, sino simplemente « diferentes » y a partir de ese conocimiento, es uno quien elige seguir viendo las cosas como siempre las vió, seguir viviendo como siempre vivió o cambiar y ponerle otros matices y colores a tu vida, de manera que sea más plena, más humana, más simple y más profunda a la vez.
      En tous cas, j’aime bien ce que tu racontes et j’aimerais savoir les autres choses différentes que t’a decouvert.
      Salutations, Laura

    2. JUN
      13 juin 2016 at 22 h 50 min

      Bonjour

      Moi je suis gay de Roumanie et c’est vrai que chaque fois que je visite la France je porte mon slip a la plage et mon shorty dans les rue de France mais personne il me dise rien du tout au contraire il souris gentiment et ça me excite beaucoup,c’est vrai en Roumanie c’est ne pas la même chose.

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