• Les caquelons de l’ambassadrice

    by  • 28 octobre 2013 • Expatriation • 1 Comment

    La fondue au fromage est préparée dans un "caquelon" posé sur un réchaud idoine

    La fondue au fromage est préparée dans un « caquelon » posé sur un réchaud idoine

     

    Le fromage Suisse nous manque. Depuis un an que nous sommes au Costa Rica, nous n’avons pas mangé de fondue !

    Le plat national, la fierté du pays. Gruyère et Vacherin fondus dans du vin blanc et dégustés en communauté, sur des morceaux de pain.

    Hier, nous avons véMon amoureuse rentrait de reportage au Honduras. Un couple d’ami arrivait de Suisse pour nous rendre visite et nous leur avions demander de nous amener de quoi faire une fondue.

    Pour célébrer le retour d’Anouk et l’arrivée d’Andreas et Sabrina depuis la Suisse, j’ai organisé une soirée fondue à la maison, hier soir. Les Helvètes arrivaient avec le fromage. Dix invités étaient attendus. De Suisse, Allemagne, Mexique, Honduras et Costa Rica.

    Où diable va-t-on trouver des caquelons (et des réchauds) ?

    Greg : on n’a qu’a demander à l’ambassade de Suisse

    Anouk : t’es malade ?

    G : Quoi ? Ils sont Suisses, ils ont de l’argent. Donc ils ont des caquelons. Non ?

    A : Mais on va se ridiculiser. Ils ont autre chose à faire que te prêter des caquelons.

    G : Certainement. Mais avant d’être une ambassade, c’est des humains, non ? Quand on demande de l’aide à des humains, je crois qu’instinctivement ils te rendent service.

    A : Mais non. On se débrouille, on fait avec des réchauds de camping et des casseroles. En plus, tu as une demande de financement pour un projet WEM pendante auprès d’eux. S’ils te prennent pour un clown, tu vas nuire à ton association.

    G : Mais pas du tout. Ca rajoute un peu de sympathie dans l’histoire. Quand ils débattrons des projets qu’ils choisissent de soutenir et que le projet WEM sera sur la table, ils diront « ah ouais, c’est le clown des caquelons ! ». C’est un immense avantage. C’est du marketing Anouk. Je parie sur l’affect, tu comprends.

    A : Tu te fous de moi, là.

    G : Non, je t’assure. Au pire, ils me prennent pour un guignol et m’envoient bouler en me disant qu’ils ont du travail, Monsieur, laissez-nous tranquille s’il-vous-plaît et je finis avec l’air débile, mais bon. L’air débile, j’ai déjà essayé plusieurs fois, ça me fait pas mal.

    François Pignon à Escazu

    Anouk est partie au Honduras. Découvrir des horreurs, des conditions de vie d’une insondable difficulté qu’elle rapportera dans plusieurs articles et émissions radio dans les semaines à venir.

    Moi, j’ai écrit à l’ambassade de Suisse au Costa Rica.

    Deux longues journées sans réponse. Avec la peur du ridicule, un peu, quand même. A faire des projets de fabrication de caquelons en pâte à sel. A tailler des palmiers pour faire des bûches à flamber.

    Et ce téléphone marrant jeudi, depuis le bureau de l’ambassade : Mme l’Ambassadeur a reçu votre courrier et a demandé que des réchauds et caquelons soient préparés à votre intention. Vous pourrez passer les chercher demain à sa résidence. 

    Je suis allé dans les beaux quartiers, à Escazu. A la recherche de la résidence.

    J’ai parqué mon épave devant la demeure blanche, céleste, étincelante surmontée d’un superbe drapeau à croix blanche.

    En tongs, j’ai accosté le garde : je suis le monsieur qui vient pour les caquelons (j’ai dit « caquélonnesse » en espagnol).

    Il m’a regardé comme un dératiseur regarderait un nid de cloportes. A désigné un carton posé là en me demandant si le terme que je venais d’utiliser dans la langue de mon ethnie pouvait désigner son contenu.

    Impatient, j’ai contourné son revolver, ouvert le carton et aperçu le Graal. Deux réchauds Stöckli sublimes, deux caquelons en terre cuite pour assommer des rhinocéros et un petit mot gentil de Mme l’Ambassadrice pour nos invités et pour nous.

    Ivre d’allégresse et de gratitude pour des diplomates généreux à taille humaine j’ai fait signe au cerbère qu’oui-si-da-yes c’était bien ça et j’ai carapaté avec ma guinde direction notre modeste banlieue.

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    Fondue mésoaméricaine

    Hier soir, on était douze autour des caquelons de l’Ambassadrice. Le fromage était exquis. Ca nous a beaucoup manqué, le fromage.

    Les Suisses, l’Allemand et les Mexicains ont fait honneur à cette gommeuse tropicale arrosée de Chardonnay chilien du meilleur effet.

    Les costaricaines et le hondurien ont fait comme si c’était normal de manger du fromage sans autre nourriture, brûlant et poivré.

    Ils étaient chous avec la bouche prête à exploser, remplie de notre délice national, se forçant à mâcher un plat si curieux. Réalisant qu’il n’y avait rien d’autre à manger que cette mélasse de vache et que, s’ils parvenaient à faire descendre ces boules collantes jusqu’à leurs estomacs, c’est nécessairement à cet endroit que ça durcirait et les tuerait d’un coup sec par asphyxie endo-gastrique.

    Ils ont été gentils et ont fait signe que c’était bon (avec les yeux exhorbités, le souffle court, la gorge bouchée et les joues pleines). Après, on leur a fait du riz aux haricots, parce qu’ils avaient été braves et qu’on doit toujours goûter les aliments.

    Ils sont partis contents comme jamais d’avoir été colonisés par les Espagnols plutôt que par les Suisses.

    C’était un belle soirée internationale. Les filles étaient hystériques.

    On remercie les formidables Andréas et Sabrina, pour le fromage et pour l’excellente compagnie. Ils sont partis ce matin pour découvrir la péninsule d’Osa.

    Et puis surtout, on remercie Mme l’Ambassadrice de Suisse Yasmina Chatila Zwahlen pour ce service amical et patriotique.

    Avec un clin d’oeil familial à Catherine Dobles-Perriard.

    A : T’es quand même un malade.

    G : Mais pas du tout. Je vais envoyer cet article à l’ambassade. Peut-être que l’ambassadrice laissera un mot en commentaires !

    A : Je veux divorcer.

    G : On n’est pas mariés.

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    Expatrié Suisse au Costa Rica. Père de deux petites filles. Travaille avec les hommes sur la masculinité.

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    One Response to Les caquelons de l’ambassadrice

    1. Laurent Bovet
      19 janvier 2014 at 21 h 04 min

      « j’ai dit « caquélonnesse » », je me suis pissé dessus, excellent. Magnifique, tes billets!

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