• Coup de théâtre au Costa Rica : David est en train de déposer Goliath

    by  • 2 décembre 2013 • Expatriation • 0 Comments

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    « En offrant notre richesse, nous ne combattrons jamais la pauvreté »

    Le dernier sondage en vue de l’élection présidentielle de février pourrait provoquer un séisme politique en Amérique centrale.

    Le jeune parti politique Frente Amplio (Large Front) d’obédience socialiste devient soudainement la première force politique du pays. La surprise est de taille dans cette arrière-cour étasunienne.

    Inversion de tendance

    Les journaux costaricains ont annoncé les résultat de ce sondage hier, dimanche. Tout en retenue et en nuance. La principal quotidien du pays, La Nacion, titrait: « Les Costaricains hésitent toujours » et les infographies noyaient le poisson à travers les pages politiques. Liés au pouvoir économique et aux intérêts libéraux, les groupes de presse se refusaient à annoncer clairement la vraie nouvelle.

    Et pourtant, les résultats de ce sondage fournissent une information stupéfiante ! Alors que le parti traditionnel PLN (Partido de Liberacion Nacional) et son candidat Johnny Araya, actuel maire de la capitale San José, surfaient sur des estimations à 40% dans les sondages de ce été et voyaient venir une réélection confortable, vraisemblablement dès le premier tour, le sondage d’automne explose les prévisions.

    D’un sondage à l’autre, Johnny Araya est passé de 38 à 17% d’intentions de vote. L’autre candidat libéral, Otto Guevara a vu sa cote augmenter considérablement, de 10 à 17%.

    Mais la tonitruante surprise révélée par ce sondage, qu’il faut découvrir en détaillant les infographies peu claires publiées par la Nacion : le tout petit parti Frente Amplio – qui ne compte pour l’instant qu’un seul député sur 57 à l’assemblée législative- passe de 10 à 20%.

    Le candidat du Frente Amplio, son unique député, le brillant José Maria Villalta, 36 ans passe d’un jour à l’autre du rôle d’histrion suscitant la condescendance des candidats des grands partis à celui de favori de l’élection présidentielle. Son parti, unique formation qui annonce des idées clairement de gauche et qui se revendique comme socialiste, devient la principale force politique du pays.

    L’apathie des candidats des partis traditionnels et la vibrante campagne du Frente Amplio expliquent ce renversement de situation. Le report des intentions de vote des électeurs du Parti Unité Sociale Chrétienne, dont le candidat longtemps annoncé en seconde position dans les sondages a décidé de se retirer de la course à la présidence début octobre pèse également lourd dans cette transformation du paysage politique. Le nombre de costaricains encore indécis est grand (36%), mais la lame de fond générée par ce parti qui s’annonce comme celui du changement n’a pas fini de déferler.

    Le socialisme dans le jardin des USA

    Jusqu’ici asservi aux Etats-Unis, politiquement et économiquement, le Costa Rica vivrait un séisme politique complet en cas d’élection de José Maria Villalta, dont les signes avant-coureurs – s’ils ont été couverts par un traitement médiatique qui fait tout pour trouver un autre nom au chat – ont été ressenti ce week-end.

    Jusqu’à présent peu attentifs à la campagne survoltée de M. Villalta qui travaille sans un sous en sautant de communauté en communauté pour communiquer ses projets pour un pays plus égalitaire, les candidats traditionnels annonce ce lundi ouvertement et sans nuance, que leurs travaux seront désormais tournés vers la décrédibilisation de sa candidature.

    Habitués à des affrontements politiques tout en amabilités et convenances, les grands partis peineront à se mettre au diapason de cette nouvelle formation qui parle clairement et propose des idées qui font débat.

    MM. Araya et Guevara qui seront les seuls adversaires crédibles de M. Villalta selon les sondages publiés ce dimanche, suivent la ligne de leurs prédécesseurs, couvrant le pays de promesses de prospérité et de progrès auxquelles leurs partisans font semblant de croire. Les candidats à la députation du Frente Amplio, emmené par un leader mesuré mais persuasif, s’emploient à démontrer durant la campagne les mensonges des partis traditionnels et leurs absences de réforme une fois au pouvoir.

    M. Villalta, qui déclare aujourd’hui : Le Frente Amplio est un parti de gauche démocratique. Mais nos propositions touchent le centre, au Costa Rica parce que les derniers gouvernements ont mené une politique complètement à droite, ne s’en laissera pas compter. Et l’entendre dire que les sales attaques qu’il attend de la part de ses deux adversaires le laissent froid parce que les électeurs qu’il souhaite rallier à sa candidature sont les abstentionnistes et les dégoutés de la politique traditionnelle peuvent laisser penser qu’il sera dur au mal. Ce lundi matin, José Maria Villalta interrogé sur les intentions belliqueuses de Otto Guevara, a déclaré que celui-ci le faisait rire avec ses énormes publicités et ses absences de propositions.

    L’ascension devrait se poursuivre

    La présidente sortante, Laura Chinchilla, du PLN la formation de Johnny Araya le favori devenu outsider dimanche, est raillée pour son asservissement à l’économie et son manque de défense des acquis sociaux costaricains.

    Les démantèlements d’institutions publiques et les multiples contrats signés avec des entreprises étrangères pour l’exploitation des richesses du pays sans bénéfice pour sa population lui valent une impressionnante impopularité. Dont M. Araya devra se débarrasser pour que sa candidature ait à nouveau une chance.

    La verve et la froide efficacité de M. Villalta dans les débats peuvent laisser penser que le défi est de taille pour le maire de San José. Jusqu’ici peu présent dans les débats, se contentant de meetings profitant d’une couverture médiatique disproportionnée et de publicités omniprésentes, sa nécessaire descente dans l’arène pour des prises de positions détaillées sur les propositions du Frente Amplio sera un élément décisif des semaines à venir.

    Si aucun des candidats n’atteint le quorum de 40% lors du premier tour de l’élection le 4 février, un second tour sera organisé. La stupéfiante ascension du Frente Amplio devrait se poursuivre jusque là. En effet, la position de tête devrait générer une augmentation conséquente du soutien qu’il récolte, désinhibant les costaricains réticents à l’idée d’afficher un soutien à un parti socialiste dans ce pays où ce mot résonne comme un délit, après les décennies de propagandes étasunienne anti-communiste.

    Les communistes mangent les enfants

    Le terme comeniños (mange-enfants), apparu dans les années 60 pour convaincre les peuples latino-américains des dangers du communisme – et du socialisme par extension opportune – est utilisé encore aujourd’hui dans le langage populaire costaricain pour désigner les politiciens ouvertement de gauche. M. Villalta devra affronter cette réalité dans sa campagne qui s’envole aujourd’hui.

    Le Frente Amplio, porté par une image jeune, anti-corruption et mené par l’énergique José Maria Villalta fait une entrée fracassante dans la campagne électorale costaricaine qui va désormais intéresser bien au-delà des frontières du pays et des cercles politiques habitués à une tradition plus paisible.

    L’économie étasunienne qui possède de nombreux intérêts dans cette république qui est encore aujourd’hui la tête de pont des USA dans la région ainsi que les Eglises, extrêmement puissantes aux Costa Rica et directement visées par les idées progressistes du parti ne voient plus ce matin un électron libre amusant en M. Villalta, mais une menace claire de leurs intérêts. Leur sortie du bois devrait être fracassante dans les deux mois qui viennent et les attaques que subira M. Villalta d’une force proportionnelle à la taille du danger.

    El Frente Amplio es un partido de izquierda democrática, pero nuestras propuestas están luchando por recuperar el centro de Costa Rica porque los últimos gobiernos se han tirado totalmente a políticas de derecha

    Dans ce pays ou l’avortement, la fécondation in vitro et même la pilule du lendemain sont interdites, tant les lois sont inféodées au catéchisme catholique, l’effervescent Villalta proposant de renverser toutes ces normes et allant jusqu’à s’annoncer en faveur du mariage gay était un caillou gênant dans la chaussure des tenants du pouvoir. Depuis dimanche, le caillou est devenu la première force politique du pays. A deux mois de l’élection présidentielle.

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    Expatrié Suisse au Costa Rica. Père de deux petites filles. Travaille avec les hommes sur la masculinité.

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